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samedi 25 septembre 2010

Taishan, le pic de l'Est

  Taishan (ou 泰山 pour les sinophiles) est l’une des cinq montagnes sacrées chinoises. Située au sud-est du Shandong, elle est considérée comme la plus importante des cinq, car située à l’Est et symbolisant l’aurore et le renouveau. 


Temples du Taishan
  Dans la tradition chinoise, l’Empereur est censé avoir reçu un mandat du ciel pour diriger l’Empire. Il est donc tenu de rendre compte aux Dieux de son action. Cette tradition fut instituée par le premier empereur, Qin Shi Huang. Elle ne fut suivie que par cinq empereurs par la suite.
Deux raisons à cela. D’une part, le pèlerinage jusqu’au Taishan est un voyage éprouvant – un millier de kilomètres jusqu’à Xi’an, sans oublier l’ascension périlleuse. D’autre part rares furent les empereurs ayant la conviction (ou l’arrogance) de s’être correctement acquitté de leur tâche.
  Pour les personnes intéressées, qui voudraient se replonger un peu dans l'histoire chinoise, les empereurs en question furent:
  • Han Wudi, qui fut l'un des grands artisans de l'expansion chinoise, et repoussa sans cesse les raids des nomades d'Asie Centrale
  • Han Guangwudi, brillant stratège qui reconstruisit l'Empire après la chute des Han de l'Ouest
  • Tang Gaozong, l'époux de Wu Zhetian (qui s'y rendit d'ailleurs avec son épouse)
  • Tang Xuanzong, qui conduisit l'Empire à son apogée, mais fut aussi responsable de son déclin en donnant trop de pouvoir aux gouverneurs militaires
  • Song Zhenzong, qui consolida le pouvoir de l'Empire après des siècles de guerre civile, mais signa également les traités qui conduisirent à la soumission progressive de l'Empire aux Khitans

Tablette impériale
  La montagne elle-même culmine à plus de 1500 mètres, au pic de l’Empereur de Jade. Il s’agit néanmoins de la seule montagne dans une région de plaine et de petites collines, ce qui la rend impressionnante dans le paysage. Au pied de la montagne se trouve un temple, comprenant notamment le Palais du Don du Ciel, l’un des trois bâtiments majeurs de l’architecture chinoise. Nombreux sont les pèlerins ou simples touristes qui s’y rendent encore aujourd’hui pour y brûler les premiers bâtons d’encens du trajet. Tous les empereurs ayant eu le courage de monter en haut du Taishan ont eu à cœur par la suite d’y imposer leur marque, par des tablettes sur lesquels étaient relatés leurs hauts faits.
 

Palais du Don du Ciel
L’ascension elle-même est spectaculaire et éprouvante. Des kilomètres d’escaliers, parfois au bord du vide, ponctués d’oratoires devant lesquels prient les pèlerins. Petit détail coquin : il est interdit de transporter briquets ou allumettes, soit disant pour protéger la forêt et empêcher les incendies. Les bâtonnets d’encens sont donc allumés par le personnel touristique…moyennant finance à chaque arrêt.

Inscriptions à flanc de montagne
  Arrivé au sommet, bon nombre de temples et de restaurants attendent le voyageur fourbu, qui peut apprécier enfin la vue sur l’ensemble de la région. 

Vue du sommet
  L’hébergement au sommet est des plus spartiates généralement. Je me suis retrouvé par un étrange concours de circonstance à dormir dans un des camps de l’armée de l’air, au sommet de la montagne. Une nuit d’hiver au sommet d’une montagne après une longue ascension, sans chauffage ni eau courante est une expérience éprouvante.

J'ai bien dit, base de l'armée de l'air...
  Le petit matin est l’occasion d’assister au lever du soleil du haut du pic de l’Est. Expérience quelque peu dangereuse, puisqu’il faut affronter de nouveaux les marches couvertes de givre et le vent parfois violent. Mais la vue compense bien toutes ces péripéties.

Lever de soleil depuis le Pic de l'Empereur de Jade
  Quelques petites informations pratiques pour les téméraires qui voudraient tenter l’expérience et se retrouverait sur cette page via Google ;) Il existe des trains directs depuis Shanghai et Pékin (les trains rapides type D mettent 3 heures et demi pour le trajet depuis Pékin, 7 heures depuis Shanghai). La destination est Tai’an (泰安), ville située au pied du mont. Le bus numéro 3 vous amène au temple. Un bus relie l’entrée du temple et le mi-sommet. Un télécabine, particulièrement impressionnant, part de là jusqu’au sommet (utile notamment pour éviter de redescendre par les escaliers). Comme souvent en Chine, l’accès à la montagne est payant, de l’ordre de 140 yuans en haute saison et 120 en basse saison (de début janvier à mi-février… très courte basse saison).

  Et pour ceux qui se posaient la question, les cinq montagnes sacrées chinoises n’ont rien à voir avec les Cinq Pics sur lesquels veille le vieux maître et où Shiryu remporte l’armure du dragon. La montagne en question existe réellement, mais se nomme Lu Shan (庐山) et se trouve dans le Jiangxi à mille kilomètres au sud (et pour plus d’information, c’est par là : http://fr.wikipedia.org/wiki/Lu_Shan)

mardi 19 août 2008

Di Renjie - Le juge Ti

Histoire d'oublier un peu les JO, je vais vous parler aujourd'hui d'un personnage qui connut deux destinées différentes, historique et littéraire: Di Renjie (狄仁傑).

Di Renjie était un lettré du début de la dynastie des Tang (pour situer tout cela, c'est par là...) Issue d'une famille d'officiels, il passa brillament les examens impériaux, et occupa des postes plus ou moins importants à travers tout l'empire. Il sera notamment plusieurs fois chancelier.
La maheure partie de sa carrière se déroula sous le règne de Wu Zetian. Sa fidélité, au-delà des cabales et autres intrigues politiques, est totale envers l'Empire. Ceci lui vaudra sa part d'exil et de calomnie, ainsi que le respect de tous sur ses vieux jours, alors qu'il est considéré comme la caution morale du régime.
Il recommandera avant sa mort la plupart des officiels qui renverseront Wu Zetian, et est à ce titre considéré comme l'un de ceux qui ont restauré la dynastie Tang.

Statue de Di Renjie à Guangyuan

Par la suite, au XVIIIème siècle, un anonyme publia un ouvrage nommé '狄公案', ce qui peut se traduire par 'Affaires du Juge Ti'. Ces trois nouvelles racontent des enquêtes policières résolues par un magistrat dont la personnalité et l'histoire sont basées sur celles de Di Renjie. Néanmoins, nombre de détails font plutôt référence à la vie sous les Ming que sous les Tang.

Couverture de 狄公案

Par la suite, au milieu du XXème siècle, un orientaliste autodidacte, Robert Van Gulik, découvre ce manuscrit et entreprend de le traduire. Le succès et le plaisir qu'il prit à cette aventure le pousseront à écrire lui-même d'autres aventures du Juge Ti, depuis ses débuts comme magistrat débutant au Nord-Est de la Chine jusqu'à son apogée à Chang'an et Guangzhou (Canton).

Couvertures d'une des aventures du Juge Ti écrite par Van Gulik

mercredi 9 juillet 2008

Introduction à l'histoire chinoise - Troisième partie: du triomphe mongol à la déchéance mandchoue

Le temps est venu de terminer cette petite introduction à l'histoire chinoise. Pour ceux qui auraient manqué le début, les deux premières parties sont disponibles ici:
Première partie: de l'âge de bronze à la dynastie Sui
Seconde partie: de l'avènement des Sui à la chute des Song

Comme l'annonce le titre, les six cents dernières années de l'Histoire chinoise ont surtout été dominées par des pouvoirs non-Han. Ce sera aussi l'avènement de Pékin comme centre politique de l'Empire, alors même que cette cité n'aura eu qu'une importance très limitée dans le passé.

- En 1279, les Mongols ont donc définitivement annihilé les Song. Leur Khan est Kublai Khan, parfois appelé Khubilai. Assimilant quelques us chinois, il crée sa propre dynastie, les Yuan. Il fait construire une nouvelle capitale à Beijing. Il conquiert par la suite Canton, le Tibet et le Yunnan, mais les tentatives de conquête du Vietnam, de la Birmanie ou du Japon échouent. L'ancienne bureaucratie est conservée, mais le système d'examens nationaux est supprimés et les Han sont tenus loin du pouvoir (à l'exception paradoxales des zones dans lesquels les autres ethnies sont majoritaires).

Le règne mongol fut assez court. Le ressentiment chinois se manifesta par une série de révoltes, qui se termina par l'avènement d'une nouvelle dynastie, les Ming, fondée par un paysan et moine bouddhiste défroqué, Zhu Yuanzhang, en 1368.

L'apport des Yuan à l'histoire chinoise est assez paradoxal. Ils détruisirent une grande partie des bâtiments, temples et palais classiques, si bien qu'il ne reste guère de vestiges antérieurs à leur dynastie. Dans le même temps, c'est aussi la période durant laquelle l'Empire fut le plus étendue, de la Sibérie à l'Indochine, de la Corée à l'Afghanistan. De plus, la Route de la Soie, fermée à la fin des Tang, fut rouverte à cette époque.


- 1368 marque donc le début de la dynastie des Ming. Zhu Yuanzhang, connu par la suite sous le nom de Hongwu. La capitale est transportée à Nanjing.
C'est le début d'une période de grands travaux, notamment la construction du mur de Nanjing, et surtout la restauration de la Grande Muraille, tombée en ruine après 1500 ans.

Fortifications de Nanjing

A la mort de Hongwu, une guerre de succession va donner le pouvoir à l'un de ses fils, Yongle. C'est lui qui transfèrera de nouveau la capitale de Nanjing à Beijing, et fera construire la Cité Interdite. L'histoire se répète quelque peu, puisque, au XXème siècle, la capitale de la Première République sera d'abord Nanjing avant d'être déplacée à Beijing.

La Grande Muraille

La plupart des traditions chinoises sont restaurées, notamment les examens nationaux. Après Hongwu et Yongle, le pouvoir sera principalement entre les mains du gouvernement, l'Empereur ayant pour rôle principal de choisir un bon premier ministre. Cette situation atteint son paroxysme durant le règne de l'Empereur Wanli: le gouvernement ayant refusé son fils préféré comme successeur, cet empereur s'est enfermé pendant vingt ans dans la Cité Interdite, refusant de signer le moindre document. Cela n'a pas empêché l'Empire lui-même de continuer à prospérer.

Intérieur du tombeau de Wanli

D'un point de vue technologique, cette époque est également celle d'un grand conservatisme: c'est à partir de ce moment-là que la Chine, alors beaucoup plus avancée que les autres civilisations, commencent à accuser du retard par rapport à l'Europe.

Cette époque fut également celle de l'invasion japonaise, commandée par Hideyoshi. La majeure partie des combats aura lieu en Corée, souvent considérée par ces deux puissances comme un terrain de jeu de prédilection. L'histoire se répète...

La fin de la dynastie Ming fut aussi marquée par la puissance sans précédent des eunuques.

Durant cette période, les Mandchous, qui ont assimilés les Mongols, constituent la principale menace pour l'Empire. C'est d'ailleurs en partie pour cela que Yongle transfère la capitale à Beijing. A la suite de révoltes paysannes et de la rébellion d'un général, les Mandchous finiront donc par prendre le pouvoir et s'installer en tant que dynastie Qing en 1644.


- Les Qing contrôlent rapidement l'ensemble de l'Empire. Un petit groupe de fidèles de la dynastie Ming s'enfuira vers Taiwan (il me semble avoir déjà dit que l'histoire se répétait...) mais sera par la suite vaincu.

La capitale reste à Beijing, et la Cité Interdite reste le centre du pouvoir. Le pouvoir reste néanmoins entre les mains des Mandchous, et les Han ne peuvent accéder aux plus hauts postes. Par ailleurs, le costume Qing (avec la fameuse natte) est rendu obligatoire.

La Cité Interdite, centre du pouvoir Ming et Qing

Le gouvernement est nettement plus contrôlé que sous les Ming, ce qui se révèlera à double tranchant: sous les empereurs les plus puissants, l'Empire sera mieux dirigé. A l'inverse, un empereur faible signifiera un affaiblissement beaucoup plus conséquent. Kangxi et son petit-fils Qianlong contribueront à l'affermissement du pouvoir, ainsi qu'au développement des arts. C'est aussi à cette époque que le christianisme s'installe en Chine, notamment sous l'influence de jésuites tels que Matteo Ricci (c'est également l'époque de Xu Guangqi)

Le XIXème siècle marque le déclin des Qing et de l'Empire. De nombreuses révoltes (Lotus Blancs, Royaume du Ciel) mettent en déroute l'armée. Les nations occidentales, à la faveur de victoires militaires, notamment durant la guerre de l'opium, gagnent des concessions dans le pays (à Shanghai et Qingdao notamment), voire des territoires (Hong-Kong, Macao), notamment en raison du retard technologique.

Jardins de Chengde, résidence de chasse des Empereurs Qing

Les dernières années de l'Empire portent notamment le sceau de Cixi. Concubine de cinquième rang, puis impératrice douairière, gloutonne et machiavélique, elle permit néanmoins à l'Empire de perdurer, jouant à merveille avec les différentes factions réformatrices et conservatrices de la cour.

Le gouvernement est néanmoins tellement faible dans ses derniers jours qu'une révolte mineure, menée par Sun Yat Sen en 1911, marquera la fin de l'Histoire Ancienne et le début de la Première République.

lundi 16 juin 2008

Introduction à l'Histoire chinoise - Seconde partie: de l'avènement des Sui à la chute des Song

Vous ne le croirez peut-être pas, mais c'est déjà (déjà) le centième post sur ce blog... ce qui commence à devenir honorable.

Je vous avais laissé la dernière fois au milieu des Dynasties du Nord et du Sud, notoirement occupées à s'égorger dans la joie et la bonne humeur. Ceci dura près de quatre cents ans, jusqu'en 589.

Cette année-là, Wendi, première empereur des Sui, finit par enfin réunifier l'empire. Son règne sera marqué par une réorganisation de l'administration, de la fiscalité, et par de nombreux grands travaux.
Son fils Yangdi est considéré comme l'empereur le plus débauché de l'histoire chinoise. Vu le pédigré des concurrents, autant dire qu'il aurait pu faire rougir Messaline sur ses vieux jours. Il usa et abusa de son pouvoir, ce qui provoqua sa chute, renversé par un coup d'état mené par Gaozu. Il reste néanmoins également dans l'histoire comme celui qui fit creuser la majeure partie du Grand Canal entre Hangzhou et Beijing.

Taizong devient en 620 le premier empereur de la dynastie la plus brillante de l'histoire chinoise: les Tang. Ils règneront pendant trois siècles, qui marqueront l'apogée de l'Empire.
D'un point de vue militaire tout d'abord: la Chine s'étend en Indochine au sud, jusqu'en Afghanistan à l'Ouest, et la plupart des contrées alentour (les royaumes indiens, la Corée, le Japon) versent tribut à l'Empire. A cette époque, le principal rival et danger par le Chine est... le Tibet. Au point que l'empereur Taizong, au faîte de sa puissance, doit offrir une de ses filles en mariage avec le roi tibétain pour garantir la paix.

Costumes Tang près de la Chaumière de Du Fu

D'un point de vue politique et social, c'est également une période extrêmement riche: les examens nationaux, qui permettent à quiconque, quelle que soit son origine sociale, de devenir fonctionnaire impérial, voire mandarin, sont créés à cette époque. Il n'y a pas (ou peu) de discriminations raciales, et nombreux sont les non-Han, notamment Turcs, qui accèdent à des postes privilégiés, notamment dans l'armée.
C'est également une époque d'accomplissement artistique, dans le domaine musical (grâce aux apports turcs et vietnamiens), dans le domaine architectural, dans la statuaire (bon nombre de statues bouddhistes datent de cette époque, par exemple le Grand Bouddha de Leshan), dans la poésie (Li Bai, Du Fu), etc.

Bouddha de Leshan

A cette époque, les liens entre Chine et Japon sont particulièrement forts, nombre de Japonais venant s'instuire en Chine, et ce qu'on appelle généralement la culture japonaise descend en droite ligne de la culture Tang: si vous voulez voir une ville Tang, ne cherchez pas en Chine, allez plutôt à Nara.
Cet époque est également celle de la seule impératrice couronnée, Wu Zetian.
En 755, deux des plus puissants généraux Chinois, An Lu-Shan et Shi Si-Ming, d'origine turque, se rebellèrent contre l'Empire. Ce fut le début d'une longue guerre civile, au cours de laquelle Chang'an, la capitale, fut pillée. On considère généralement que ce fut le début du déclin de l'Empire.
Les Tang restèrent néanmoins au pouvoir durant de longues années, jusqu'en 907. Ce fut alors une nouvelle période d'anarchie, dite des Cinq Dynastie et des Dix Royaumes.

L'anarchie ne dura guère, et vint alors l'avènement de la dynastie Song, en 967. Elle marqua l'apogée de l'art chinois, que ce soit au niveau de la littérature, de la peinture ou de l'architecture, ainsi qu'un extraordinaire développement technologie. Ce fut une dynastie à la fois extrêmement riche et particulièrement faible militairement: après la chute des Tang, la route de la Soie est coupée, et l'Empire réduit à sa portion congrue. La paix avec les principaux rivaux, Mongols et Mandchoues, est achetée, et non gagnée sur le champ de bataille. La capitale est tout d'abord Kaifeng (sous les Song du Nord) puis, après une guerre perdue contre les Mongols, est transférée à Hangzhou (sous les Song du Sud). La paix elle-même ne dure qu'un temps, et les Mongols finissent par conquérir toute la Chine en 1279.

Scènes de la vie courante sous les Song

jeudi 12 juin 2008

Introduction à l'Histoire chinoise - Première partie: de l'âge du bronze à la dynastie Sui

eJe me suis rendu compte en relisant mon blog (ah, le doux plaisir de s'esbaudir sur sa propre prose...) que je faisais souvent référence aux différentes dynasties et périodes, dont la plupart de mes lecteurs, hormis les sinophiles invétérés, ne savent pas grand chose.

Donc je vais essayer de vous faire un petit résumé de l'Histoire de la Chine Ancienne. Cela restera succint (je n'ai pas la prétention de remplacer les livres d'histoires, guides touristiques élaborés ou sites web consacrés au sujet), ne vous inquiétez pas.

L'histoire de la Chine ancienne s'étend de la première dynastie connue (les Xia ou les Shang, selon les historiens), 3000 ans avant Jésus-Christ, jusqu'au Dernier Empereur Qing, au début du XXème siècle.

- Du troisième au premier millénaire avant Jésus-Christ ont régné les dynasties dites de l'Age du Bronze: les Xia, dynastie mythique dont l'existence est mise en doute par certains historiens, les Shang et les Zhou. Beaucoup d'objets (la plupart conservés au musée de Shanghai) nous sont parvenus de ces cultures.

- A partir du 8ème siècle avant Jésus-Christ commence la Période des Printemps et des Automnes. Ce nom, au combien poétique, vient du nom du recueil historique décrivant cette période: 'Annales des Printemps et des Automnes', écrit par Confucius, natif de cette période. C'est l'époque de la naissance des différents courants de pensée qui influenceront durablement toute la pensée chinoise: confucionnisme, taoisme (inspiré par Laozi) et légisme. La Chine est alors divisée en un grand nombre de petits royaumes. C'est aussi le début de l'histoire de Suzhou.

- Les Royaumes Combattants s'étendent du 5ème siècle jusqu'à 214 avant Jésus-Christ. C'est, comme son nom l'indique, une période de guerre continue entre tous les états rivaux. L'un d'entre eux fini par prédominer: Qin.

- Qin, la première dynastie. Le roi de Qin devient le premier empereur de Chine sous le nom de Shi Huangdi. Son règne est très court (12 ans) et sa dynastie s'éteindra vite (son fils règnera deux ans et sera le dernier empereur de sa dynastie). Néanmoins, c'est la première véritable unification de la Chine. La langue et l'administration sont unifiées: c'est de cette époque que date vraiment la langue chinoise, qui n'évoluera que très peu sous sa forme écrite jusqu'au XXème siècle. Un grand réseau routier est également mis en place. La structure féodale existante est remplacée par un système très centralisé.
Shi Huangdi reste un personnage très contreversé car cette unification a un coût très important: toutes les langues régionales disparaissent. La plupart des écrits non relatifs à l'agriculture, la navigation ou la médecine sont détruits (notamment tous les textes confucionnistes).
La capitale de l'Empire est alors Xianyang, non loin de Xi'an. L'empereur Qin est celui dont le tombeau contient la fameuse armée de terre cuite.

- Les dynasties des Han de l'Ouest puis de l'Est (-206 jusqu'en 184): émergeant après un coup d'état contre le fils de Shi Huangdi, les dynasties Han sont considérées comme parmi les plus grandes de l'histoire chinoise. Les frontières de l'Empire s'étendent énormément sous le règne des différents empereurs, notamment grâce à la victoire contre les Huns (oui, les mêmes qui sévissaient en Europe). Le commerce (via la route de la soie) se développe. La capitale est, selon les empereurs, proche de Xian ou à Luoyang. L'idéologie confucionniste domine. C'est de cette période que vient le nom sous lequel se désigne la majorité des Chinois. C'est aussi l'avènement du Bouddhisme en Chine, arrivant non pas depuis l'Inde mais depuis l'Asie Centrale.

- La faiblesse des derniers empereurs Han et les intrigues de cour entre les eunuques ouvre la voie à de nombreuses rébellions, et au retour à une myriade de dynastie se combattant sans répit. C'est notamment l'époque des Trois Royaumes, et des Dynasties du Nord et du Sud, qui dureront jusqu'en 589, jusqu'à l'émergence des Sui. C'est aussi à cette époque de Nanjing commence à devenir capitale.


Voilà, c'est tout pour aujourd'hui :) Vos commentaires sont bienvenus, avant de commencer à discuter des parties réellement intéressantes: les Tang, l'apogée culturelle sous les Song, les invasions mongoles, l'étrange dynastie Ming et la dernière dynastie.
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vendredi 2 mai 2008

Wu Zetian

En attendant le petit tour dans les environs que je compte faire demain, je vais vous parler d'une charmante damoiselle, Wu Zetian.

Ne commencez surtout pas à vous poser des questions existencielles sur mes amours chinoises, la damoiselle en question vivait au temps des Tang (c'est à dire il y a quelques 1300 ans, ce qui ne nous rajeunit pas, loin de là). Et autant dire qu'elle fut un mélange d'Elizabeth 1ère (celle qui fit trancher la tête de Marie Stuard) et de Lucrèce Borgia. Une réputation d'infamie unique dans l'histoire de Chine, pourtant riche à ce sujet.

J'ai eu l'occasion d'en apprendre un peu plus sur sa vie lors de mon voyage dans le Sichuan quand nous nous sommes retrouvés à Guangyuan, au bout de la route de Shu, à l'intersection du Sichuan, du Shaanxi et du Gansu.

Guangyuan fait partie de ces nombreuses villes chinoises dont on ne connaît que le rôle économique. C'était aussi l'arrivée de la route de Shu, et nous étions donc en attente d'un bus pour revenir à Chengdu. Autant dire qu'on avait une après-midi à tuer. Or Guangyuan est surtout connu pour être la ville natale de Wu Zetian, et un temple lui est donc consacré.

Fille d'un proche de l'empereur Gaozu, premier empereur Tang, elle devint rapidement une des concubines de Taizong, réputé pour avoir été le plus grand empereur de la dynastie Tang. En fait, on considère même ce dernier comme le meilleur empereur chinois, et l'étude de son règne était au programme de tous les héritiers aux cours des dynasties suivantes, qu'ils soient Han (sous les Song, les Ming, et toutes les petites dynasties qui ont pu se disputer le pouvoir pendant les périodes de conflit) ou Mandchous (sous les Qing).

Wu Zetian et Gaozong

A la mort de Taizong, son fils Gaozong lui succéda. Il était déjà marié, et avait comme tout empereur une palanquée de concubines (tout cela était d'ailleurs très institutionnalisé - j'y reviendrais un autre jour). Wu Zetian ayant été une concubine du précédent empereur, et n'ayant pas eu d'enfant, elle était condamnée (suivant la tradition) à devenir nonne bouddhiste - les chrétiens n'étaient pas les seuls à vouloir envoyer les veuves au couvent.

Mais c'était une intrigante de première et, s'immisçant dans la lutte d'influence entre l'épouse de Gaizong et sa première concubine, elle parvient à rester à la cour. Sa sensualité lui valut de devenir très rapidement la favorite de l'empereur, dont elle eut bientôt un fils. Ce dernier mourut, très vraisemblablement à son instigation, et l'impératrice fut pour cela destituéee, puis remplacée par Wu Zetian. Ca vous pose tout de suite le personnage.

Elle prit par la suite peu à peu le pouvoir des mains de son mari, et on considère généralement qu'elle était l'unique dirigeante à la fin du règne de celui-ci. Et les historiens chinois, qui ont le plus souvent beaucoup de mépris pour elle, reconnaissent qu'elle fut une impératrice avisée.
Pendant tout ce temps, elle prit aussi garde à éliminer toute opposition, qu'il s'agisse des conseillers de son époux, des rivales potentielles, ou de la progéniture de ceux qu'elle avait fait exécuter. On retrouve aussi parmi ses victimes deux autres de ses fils qui tentaient de faire preuve d'indépendance à son égard.

Temple de Wu Zetian à Guangyuan

A la mort de son mari, l'un de ses fils, suffisamment docile pour n'être ni exécuté ni exilé, fut couronné empereur, et devint une marionnette dirigée par sa mère. A la mort de ce fils, Wu Zetian se couronna elle-même impératrice, fondant sa dynastie connue sous le nom de Zhou (en référence à l'une des toutes premières dynasties chinoises).

Elle fut ainsi la seule femme de l'histoire de la Chine à porter le titre d'Impératrice Régnante (Cixi, la mère du dernier empereur, régna aussi en temps qu'impératrice, mais ne fut jamais couronnée impératrice régnante). Elle transféra notamment la capitale de Chang'an (maintenant connu sous le nom de Xi'An) à Luoyang. Sa police secrète fit notamment régner la terreur parmi tous ceux qui ne se pliaient pas aveuglément à ses désirs.
Profondément bouddhiste, elle fut à l'origine d'une explosion de l'art bouddhiste à travers la Chine, notamment à Dengfeng, le Pic du Centre. D'autre part, son armée balaya certaines menaces pour l'Empire, notamment les kitans (tribu vivant dans le Nord-Est de la Chine, qui deviendra plus tard maître de Pékin et donnera à la Chine un nom qui perdurera des siècles... Cathay).

Bouddha de l'époque Tang

Elle fut finalement déposée par une conjuration, et l'un de ses fils (oui, elle en eut beaucoup) devint empereur et restaura la dynastie des Tang.

Selon les époques, son image fut diversement utilisée. L'histoire chinoise traditionnelle la dépeint comme une manipulatrice ambitieuse, dévoyée et sans scrupule, tout en reconnaissant ses talents de chef d'état. Mais elle fut également parfois utilisée par des femmes (comme l'épouse de Mao) qui désiraient prendre le pouvoir.

dimanche 27 avril 2008

Après-midi à Xujiahui

Une vilaine panne de casque m'a conduit cet après-midi à aller refaire un petit tour à Xujiahui, centre commercial et paradis du geek à Shanghai. L'occasion de voir un petit peu les gadgets à la mode, de m'enquérir du prix des iPhone (3700 yuans débloqué, ça peut en valoir la peine -- d'après ce que j'ai pu en lire sur les forums d'expat, ce sont des appareils authentiques, fabriqués en Chine, achetés à New York et ramenés en Chine en avion). Sacrément moins cher donc qu'en Europe si j'ai bien suivi les dernières politiques tarifaires d'Orange.

J'en profite pour vous parler un peu de Xujiahui, 徐家汇 en Chinois. Le nom lui-même signifie Rassemblement (汇) de la famille (家, qui veut aussi dire maison) de 徐. Au XVIIème siècle, sous le règne du dernier empereur Ming (avant l'avènement des Manchous), Xu Guangqi (徐光启, où l'on reconnaît le 徐) était un lettré particulièrement talentueux. On lui doit notamment la traduction de la Géométrie d'Euclide en Chinois. Ministre de l'Education, il était également catholique, et fut un des promoteur du christianisme en Chine. Lorsqu'il choisit de quitter ses fonctions, il se retira dans un hameau non loin de Shanghai, et y fut rejoint par sa famille et nombre d'amis, voire de disciples. De là vint le nom Xujiahui.

Xu Guangqi (徐光启)

Il usa de son influence pour permettre aux jésuites de construire une église à Shanghai. Celle-ci fut détruite puis rebâtie au début du siècle, dans un style néogothique. L'ensemble des lieux, abritant notamment séminaire et bibliothèque, fut longtemps le centre spirituel et politique du christianisme en Extrême-Orient. Aujourd'hui, il cotoie les tours de verres emplies de bureau, les officines des banques et les malls dédiés à la mode.

Séminaire de Shanghai


Basilique de Xujiahui


vendredi 25 avril 2008

Suzhou... un peu d'histoire

Profitant des jours de congés chinois (si, si, ça existe: le dernier en date était le jour où chacun rentre dans son village pour fleurir les tombes, l'équivalent de notre Toussaint), je suis donc allé faire un tour à Hangzhou et Suzhou.

Comme disait un poète du temps des Yuan: 'Au ciel il y a le paradis, et sur terre il y a Hangzhou et Suzhou'. Suzhou est en Chine le symbole de la beauté la plus exquise. Ses jardins sont renommés dans le monde entier, et on la surnomme souvent 'Venise de l'Est' pour ses canaux. Le dialecte local est particulièrement chantant, et il est dit que là-bas, même les injures sont mélodieuses. C'est l'une des capitales de la Soie, et son artisanat est toujours renommé.

Dans les faits, c'est aussi une ville qui s'industrialise à vitesse grand V, au dépens de son passé: on y cotoie des lieux d'une stupéfiante beauté et ce qu'une urbanisation galopante peut produire de plus laid. Un lieu parfait pour passer un week-end, et surtout pas plus longtemps.

Colline du Tigre

Jardin Liu

Avant d'être réputée pour être une ville d'art et de plaisir, Suzhou a longtemps été considérée comme une cité guerrière, presque à l'instar de Sparte. Nombreuses sont les histoires de batailles et de trahisons qui y sont associées.

La plus célèbre est l'antagonie qui exista entre les royaumes de Wu et de Yue. Le royaume de Wu avait pour capitale Suzhou, et celui de Yue avait pour capitale Guji. Les guerres entre les deux royaumes étaient nombreuses.

L'un des personnages les plus marquant de ce temps fut un ministre et général, Wu Zixu, vivant au temps des Printemps et des Automnes (c'est à dire 500 ans avant Jésus-Christ). Il est notamment le planificateur de la cité de Suzhou, et le centre de la ville est encore conforme au plan qu'il avait dressé voilà plus de 2500 ans.

Wu Zixu était le conseiller du roi de Wu, Helu. A la mort du roi de Yue, Helu déclencha une guerre contre son voisin affaibli, imaginant pouvoir facilement s'emparer de celui-ci. Le nouveau roi de Yue, nommé Goujian, réussit néanmoins à défendre son royaume et à vaincre et tuer Helu. Goujian, marchant sur Suzhou, fut ensuite lui-même vaincu par Fuchai, le fils de Helu.

Goujian resta dix ans en captivité, esclave docile de Fuchai. Wu Zixu ne cessa de mettre en garde Fuchai contre Goujian. Mais Goujian se révéla plus fidèle que tout autre. Il est dit qu'en une occasion, Fuchai fut particulièrement malade. Ses médecins supposèrent un empoisonnement. Pour s'en assurer, ils demandèrent aux esclaves de Fuchai de goûter les selles de celui-ci: si elles étaient amères, c'était le signe d'un empoisonnement. Aucun esclave n'acceptant cette répugnante corvée, excepté Goujian. A la suite de cela, il fut affranchi, et renvoyé à Guji, l'ancienne capitale de Yue, comme vassal de Fuchai.

De longues années passèrent. Les textes anciens racontent que chaque nuit, Goujian goûtait le foie d'un serpent, dont l'amertume lui rappelait les années de captivité. Durant toutes ses années, il mûrit sa vengeance, reconstruisant son ancien royaume et préparant une armée.

La partie la plus machiavélique de sa vengeance fut le recrutement de Xi Shi, l'une des plus belles femmes de Chine (on dit d'elle qu'elle fait partie des Quatre Beautés de la Chine Ancienne). Elle fut entraînée à être la plus plaisante et la plus séduisante des femmes, puis envoyée comme présent à Fuchai. Celui-ci tomba immédiatement amoureux d'elle, et sombra dans la débauche, oubliant tout pour elle, construisant de magnifiques palais, et allant jusqu'à tuer Wu Zixu qui lui conseillait de la renvoyer.

La tête de Wu Zixu fut ensuite placée au fronton de la porte Sud de la ville. Puis, ce qui devait arriver arriva: Goujian lança son armée sur Suzhou. Il vainquit aisément l'armée de Wu. On raconte que, quand il arriva aux portes de la ville, un violent orage se déclencha, empêchant l'avancée de ses troupes. Alors Goujian s'approcha de la porte, et annonça qu'il n'avait rien contre Suzhou, mais uniquement contre Fuchai. Alors l'orage cessa et Goujian put s'emparer de la ville sans coup férir. Fuchai se suicida peu après.

Suzhou devint la capitale du royaume de Yue, qui fut l'un des puissants états de l'époque des Royaumes Combattants. On dit que Xi Shi fut noyée par la suite, car Goujian ne voulait pas céder à la même tentation que Fuchai.

Une bien longue histoire finalement, assez caractéristique de l'histoire chinoise: on trouve dans les textes utilisés par les historiens des éléments qui relèvent clairement du fantastique, entremêlés à des récits extrêmement précis de la politique de l'époque.


Sur ce, je m'en vais vous souhaiter une bonne nuit en vous laissant admirer le Jardin de la Politique des Simples...


mercredi 20 février 2008

Sichuan, un peu d'histoire géo


Je sais, ce titre semble pour le moins rébarbatif. Mais ça permet d'avoir quelques idées sur l'intérêt de la Province.

Donc le Sichuan est une province de l'Ouest de la Chine. Certains la considèrent comme la dernière partie 'civilisée' (entendre Han) de la Chine. A l'Ouest se trouve le Tibet et au Nord les provinces dont la culture est très proche de l'Asie Centrale.

Oui, vous avez bien lu, à côté du Tibet. Autant dire qu'il n'y fait pas chaud en hiver, et qu'il y a encore à l'heure actuelle de nombreuses chutes de neige.

La province est presque entièrement enclavée dans les montagnes, avec très peu de voies d'accès vers l'Ouest, en-dehors du Yangzi. Pour donner une idée, les principales voies ferrées passent par les provinces du Nord pour rejoindre Shanghai (32 heures de trajet minimum pour un Chengdu-Shanghai en train). Ce trajet suit d'ailleurs l'ancienne route de Shu, alors unique moyen de communication des marchands avec le nord du pays.

Du point de vue historique, le Sichuan est connu sous le nom d'ancien royaume de Chu, particulièrement ancien puisqu'on a découvert non loin de Chengdu, à Sanxingdui, un site archéologique datant de l'âge du bronze. Pour l'anecdote, il existait jusqu'à l'année dernière encore un musée provincial accueillant nombre d'objets de cette époque... le musée a été détruit pour être remplacé par un centre commercial.

La culture de la soie y est très ancienne, et Chengdu, capitale de la province, fut longtemps connue sous le nom de 'Cité des Brocards'.

Pour terminer, ajoutons que le royaume de Shu fut aussi l'un des fameux 'Trois Royaumes' au IIIème siècle après Jésus-Christ, immortalisé dans l'un des Quatre Romans Classiques Chinois: Le Roman des Trois Royaumes.

Et pour finir, une petite photo de la Porte de Jian, le long de la route de Shu:


dimanche 13 janvier 2008

Yunnan - Dali, première journée

Qui a dit que ce blog tombait à l'abandon et que les mauvaises herbes commençaient déjà à fleurir ça et là le long de billets oubliés depuis des mois? Je le reconnais, voilà bien longtemps que je vous ai laissé en suspens, perdu dans la cité de l'Eternel Printemps... il est temps de reprendre la plume...

Je vous avais laissé dans le bus en direction de Dali. Il faisait déjà nuit à ce moment-là, donc autant dire que nous n'avons guère profité du paysage, juste pris le temps de réserver une chambre dans une guesthouse aux alentours de la vieille ville.
Celle-ci s'avérait d'ailleurs plutôt sympa à l'arrivée, lampions, palmiers, etc... le bonheur. Le temps de vérifier que les couvertures électriques fonctionnaient correctement, et Morphée nous tendit les bras pour ne nous lâcher que bien après l'aube.
Petite mention spéciale au règlement intérieur, et notamment au troisième paragraphe:




Autant dire qu'au réveil, une surprise de taille nous attendait: après une journée particulièrement brumeuse à Kunming, le climat semblait enfin nous sourire:


Petit déjeuner un peu moins copieux que la veille à Kunming, mais le soleil et les montagnes à l'horizon rattrapaient aisément tout cela. Et surtout, surtout, nous pûmes goûter le miel des environs, qui s'avéra être un véritable ambroisie... Malheureusement impossible à trouver dans le commerce ou à importer, pour notre plus grande déception.

Après cela, départ pour Dali et longue, très longue marche pour atteindre la vieille ville: près de cinq minutes... L'entrée principale en valait largement la peine:



La ville elle-même s'avérait très touristique: magasin d'articles 'locaux' à tous les coins de rue, jeunes filles en costume bai traditionnel à tous les coins de rue, etc... Néanmoins, le tout était réellement charmant, et baignait dans une atmosphère paisible, si agréable que nous finîmes même par trouver un coin d'herbe pour faire la sieste.








Deux anecdotes en passant:
- A l'entrée de la ville se tenait un personnage offrant aux touristes de passage une petite visite dans une cariole tirée par une chèvre. Il existait un empereur, sous (si je ne dis pas de bétises) la dynastie des Jin de l'Ouest, qui avait tellement de belles concubines qu'il parvenait très difficilement à choisir avec laquelle il passerait la nuit. Il finit par décider un jour de toutes les installer dans différents pavillons, et de se laisser conduire dans un chariot tiré par une chèvre parmi ces pavillons. Il passait alors la nuit avec la concubine devant le pavillon de laquelle la chèvre se serait arrêtée. Inutile de préciser que ces dames utilisaient de multiples artifices (arroser l'herbe devant le pavillon d'eau salé avait paraît-il un grand succès) pour attirer la chèvre devant chez elles.

- Au fin fond d'une ruelle se trouvait une église chinoise. Autant dire qu'à l'inverse des églises de Shanghai, celle-ci s'avérait être un véritable melting-pot de culture occidentale et chinoise, que ce soit dans l'architecture ou dans la décoration, présentant notamment des scènes évoquant à la fois les évangiles et les légendes chinoises.




La suite des évènements fut des plus champêtres: location de vélo, puis départ pour le lac et les rizières environnantes, occasion de profiter de la nature, de voir les paysans chinois, et de profiter des couleurs inhabituelles (pour la Chine) de la nature alentour.






A la fin de la journée, ne sentant plus trop nos muscles, nous sommes allés faire un petit tour dans l'un des nombreux bars de Dali, goûtant la bière locale (ressemblant, comme toutes les bières chinoises locales, à de la Tsingtao moins alcoolisée...) et aux spécialités culinaires du pays.

vendredi 14 décembre 2007

Nanjing Tome 3

De retour une fois encore à la plume, pour compter ce dernier jour à Nanjing.
Après une nuit passablement agitée (tout homme ayant résidé seul dans un petit hotel en chine comprendra de quoi je parle... vivent les propositions à 1h du mat', lorsque les bras de Morphée se font les plus tendres), nous voilà donc en route pour la colline de Pourpre et d'Or.

Je passerai sur l'invraisemblable recherche d'un photomaton, nécessaire pour obtenir le forfait donnant accès à tous les sites touristiques des environs. Cela s'est terminé dans un photomaton au milieu d'une galerie marchande pour jeunes filles, dans une cabine toute rose, mon guide expliquant longuement que je ne voulais pas un fond 'cosmopolitan' pour des photos d'identité.




Bref, nous voilà parti presque en pleine nature. Première partie, les restes d'un autre mur datant de l'époque Ming. Il s'agissait de l'entrée des tombeaux de la colline. Les panneaux aux alentours indiquent aux touristes pressés que la partie vraiment intéressante commence deux-cents mètres plus loin...







Notre première étape était la tombe de l'empereur Hongwu, premier empereur Ming, extrêmement populaire pour avoir renversé la dynastie mongole des Yuan. Contrairement à nombre d'autres tombes, son site n'est pas complètement rectiligne, dû à de sombres raisons de géographie et de conflits avec les tombes déjà présentes.
La première partie de la tombe est constituée d'une longue allée entourée de diverses sculptures d'animaux debouts ou accroupis.
Certains sont classiques (chameaux, éléphants, lions, chevaux), d'autres moins (licorne chinoise, plus proche de notre chimère).







Suivirent les status d'officiels et de gouverneurs, avant d'entrer dans la seconde partie, une succession de temples renfermant tablettes et statues. Paradoxalement, le site de la tombe proprement dite n'est pas accessible, celle-ci n'ayant jamais été ouverte. Sachant ce qu'il est advenu sous la révolution culturelle du contenu de la tombe du 13ème empereur Ming, la seule jamais ouverte, cela vaut peut-être mieux.

Etape suivante: pique-nique au milieu des pigeons dans un ancien auditorium en plein air. Les pigeons sont tellement apprivoisés que la plupart des touristes prennent leurs photos avec quelques volatiles perchés sur les épaules. La lutte pour la protection de notre pitance fut épique.

Après une longue marche, nous arrivons non-loin du mausolée du Dr Sun Yat Sen, président et fondateur de la Première République. Tout y est au couleur de l'ancien Guomindang (bleu, blanc, et un peu de rouge). Une longue montée des 392 marches avant de pouvoir contempler les lieux.


L'entrée du mausolée. L'inscription est assez proche de 'Fraternité'


L'entrée de la tombe elle-même.

L'heure commençant à tourner, nous nous sommes ensuite rendus, à bord d'une navette imitation petit train, jusqu'à la pagode sous laquelle reposent nombre de membres du Guomindang morts durant l'insurrection du Wuhan (1911, qui conduisit à la chute des Qing et à l'avènement de la première république) et l'Expédition du Nord (1916, contre les seigneurs de guerre). Autant le dire, je crevais de vertige, au plus grand amusement de mon guide. Vue magnifique cependant de Nanjing...
Puis retour en catastrophe à Nanjing, avant que je ne puisse reprendre le train pour Shanghai. Derrière moi, une maman enseignait à son enfant de six-sept ans à lire et à écrire l'anglais. J'ai l'impression que dans quelques années, les Chinois parleront mieux anglais que nombre d'Européens, et notamment de Français.