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lundi 11 octobre 2010

Jiayuguan, au bout de la Grande Muraille

  Je vous parlais il n’y a pas si longtemps de la première grande muraille, construite au début de notre ère. Pour être plus précis, les premiers murs furent construits à l’époque des Royaumes Combattants (pour une petite piqure de rappel, c’est par ) avant d’être unifiés en une muraille continue sous le Premier Empereur. Les parcelles les plus occidentales, notamment celles du Gansu, furent construites quelques siècles plus tard, sous les Han.
  A la suite des nombreuses invasions et guerres civiles qui parsemèrent l’histoire du pays, la muraille tomba en désuétude – elle n’appartenait déjà plus à l’Empire sous les Song, au XIème siècle.
La Grande Muraille à Pékin
  Après la domination mongole et la révolte paysanne qui s’ensuivit, le pays fut dirigé par les Ming. Les menaces d’invasions (manchoues et mongoles) ainsi qu’une certaine folie des grandeurs poussèrent Hongwu, le premier empereur Ming, à reconstruire la Grande Muraille aux frontières de l’empire, cette fois-ci non plus en terre, mais directement en pierre. Projet pharaonique (on parle ici de plusieurs milliers de kilomètres de muraille) au coût gigantesque, qui assura néanmoins la survie de l’Empire durant trois siècles (pour l’histoire, la chute de l’Empire aux mains des Manchous fut également due aux révoltes paysannes simultanées, ainsi qu’à la rébellion d’un des plus grands généraux de l’époque).

Grande Muraille dans le Gansu
  A l’Est, la Grande Muraille plonge dans la Mer de Chine, en un lieu appelé Shanhaiguan (山海关, la Passe de la Montagne et de la Mer), que je compte bien visiter un de ces jours.

Grande muraille à Jiayuguan
  A l’Ouest, la Muraille se traverse une grande partie de la Mongolie intérieure, jusqu’au Gansu. La première véritable passe se nomme Jiayuguan (嘉峪关, la Passe de l’Excellente Vallée – traduction un peu sommaire). Construite donc au XIVème siècle et récemment restaurée, c’est une véritable forteresse au milieu du désert. Les tours, similaires à celles qu’on peut observer au nord de Pékin, sont recouvertes par les sables. Paysage désolé et tellement impressionnant.

Forteresse de Jiayuguan
Porte de la forteresse
  A part ça, au cas où vous n’auriez pas remarqué, la plupart de mes billets sont désormais géotaggés, donc vous pouvez cliquer juste en-dessous pour avoir une petite idée de la position des lieux sous Google Maps.

La dernière stèle - l'extrémité ouest de la Grande Muraille

dimanche 3 octobre 2010

Dunhuang, Cité des Sables

  Le début du voyage au Gansu représenta beaucoup de transports. Tout d'abord l'avion de Pékin à Lanzhou, la capitale provinciale. De jour, l'arrivée est impressionnante: collines arides à pertesde vue, sur lesquelles ondulent quelques routes balayées par le sable et la poussière. Tout est éclatant sous le soleil, et sec à n'en plus finir. L'heure de bus entre l'aéroport et la ville elle-même n'est qu'une successions de reliefs de sable et de grès, où s'érigent ça et là quelques bâtiments en constructions.

  Lanzhou même est semblable à toutes les villes chinoises: en plein boom immobilier, avec gratte-ciels ultramodernes cotoyant les masures non rénovées depuis cinquante ans. L'air dessèche encore plus rapidement la peau qu'à Pékin. Après un frugal repas de nouilles locales, direction le musée provincial qui abrite les pièces retrouvées le long de la plupart des sites archéologiques.

Ancien entrepot ravitaillant les soldats de la Grande Muraille
  6 heures du soir, départ du train pour Dunhuang, la cité qui m'intéresse le plus pour ce voyage. 14 heures de trajet en perspective, j'ai néanmoins la chance de ne pas avoir de voisin trop bruyant. Livres d'histoire et DS me tiennent compagnie pour une partie de la nuit.
  L'arrivée à Dunhuang est surprenante. Si vous vous êtes déjà arrêtés en TGV à Avignon ou au Creuzot, dans une de ces gares ultra-modernes perdues au milieu de la campagne, vous aurez une idée de mon étonnement: la gare a juste fini d'être construite, chatoyante en diable... et perdue au milieu du désert. Une horde de taxis attend les touristes et les familles, et le chauffeur du mien comprend suffisamment le mandarin pour s'occuper de mes transports pour les jours qui viennent.
  Dunhuang est une cité qui fut construite au 2ème siècle de notre ère, après la victoire de Han Wudi contre les Xiongnu, peuple d'Asie Centrale qui harcelait l'Empire depuis longtemps. Située au bord de l'oasis dite "du croissant de lune", elle s'imposa rapidement comme une étape indispensable sur la route de la soie.

  La ville a certes perdu de son important maintenant, mais elle reste un site touristique très intéressant - avec tout les bons et mauvais côtés que cela implique. On peut notamment faire un tour en chameau vers l'Oasis du Croissant de Lune, spectacle magnifique.

Chameaux dans les dunes de Dunhuang
  Plus au sud, les caves de Mogao sont un haut lieu de la sculpture bouddhiste, et on y trouve l'un des plus grands Bouddhas du monde (second en taille après celui de Leshan). De nombreux manuscrits bouddhistes y furent également découverts au début du XXème, dont beaucoup particulièrement bien conservés.

  A l'Ouest de Dunhuang s'élèvent les portions les plus occidentales de la première Grande Muraille. Il ne reste maintenant plus que quelques murs épars dans le désert, témoignage de l'existence des soldats qui montaient la garde au milieu de nulle part il y a deux millénaires.

Yumenguan
   On trouve encore ici et là des bâtiments ayant mieux survécu à l'usure du temps. Ce bloc de terre et de pierre au milieu du désert se nomme Yumenguan - 玉门关 - la passe de la porte de jade. Il y a des siècles de cela, elle faisait partie intégrante de la Grande Muraille, et était de fait le point d'entrée des marchands dans l'Empire Chinois. 

Ancienne tour de garde
  Enfin, à l'extrême-Ouest de Gansu se trouve la Cité Fantôme. Située à l'emplacement d'un ancien lac (aux temps géologiques), les concrétions rocheuses y ont des formes si étranges que bons nombres de légendes ont couru sur leur origine. C'est désormais l'un des lieux favoris des réalisateurs chinois.

Rocs de la cité fantôme
  La nuit tombe tard à Dunhuang - la Chine n'a qu'un seul fuseau horaire, et la ville est située très à l'ouest - le soleil se couche vers 9 heures du soir au printemps, et les habitants restent  nettement plus tard dans les rues que dans d'autres régions de Chine. Les brochettes dans les rues sont bien entendu au programme, tout comme le marché de nuit proposant artisanat local, fruits secs et ouvrages sur l'histoire des environs...

dimanche 26 septembre 2010

Gansu, le long de la route de la soie...

  Située au nord-ouest de la Chine, juste à côté du Xinjiang, le Gansu fait partie de ces provinces fort peu connues des laowais. Aride, peuplée de montagnes au sud et recouverte par le désert de Gobi au nord-ouest, cette région fut longtemps la frontière occidentale de la Chine. Le corridor du Hexi, en son centre, était l’une des étapes majeures de la route de la soie : les derniers kilomètres pour les marchands européens, levantins ou perses qui se rendaient jusqu’à Xi’an pour commercer avec l’Empire du Milieu.
Caves de Mogao
  Le centre du Gansu fit partie très tôt de l’Empire, et on y retrouve notamment les restes de la première grande muraille, dont cette partie fut construite sous les Han. Perdu au milieu des dunes, on peut encore observer ça et là quelques murs de terre tassée ayant traversés les siècles.

Vestige de la grande muraille des Han - le mur s'élève à deux mètres
  De par sa position, entourée du Xinjiang ouighour à l’ouest, de la Mongolie Intérieure et du Ningxia au nord, du Qinghai tibétain au sud-ouest, ainsi que des provinces Hans du Sichuan ou du Shaanxi, le Gansu est une étrange mosaïque de culture. On y voit aussi bien mosquées (dont l’architecture est principalement arabe, au contraire de ce qu’on peut trouver à Xi’An) et temples classiques que caves bouddhistes d’inspiration tibétaine - le Gansu fit longtemps partie de l’Empire Tibétain, du déclin des Tang jusqu’à l’invasion mongole. Les pagodes s’élèvent parfois des oasis du désert de Gobi, tandis que se multiplient les sites de fouille archéologique, exhumant autant d’artefacts témoignages du commerce florissant jadis.

Oasis du Croissant de Lune
  Je m'intéresse depuis longtemps à l'histoire de la Route de la Soie, aux récits de voyageurs et aux traités d'érudits parlant des périples de Xi'An à Istambul, aux étapes mythiques sur cette route, aux noms enchanteurs que sont Kashgar ou Samarcande. Je me suis donc rendu dans cette région en avril dernier, durant le festival de Qingming (l'équivalent chinois de la toussaint), de Lanzhou à Dunhuang en passant par Jiayuguan et en m'enfonçant dans le désert de Gobi, le long de ces étapes mythiques.

Le Manu devant Yumenguan, ancien passage obligé sur la Route de la Soie
  Du point de vue gastronomique, le Gansu est à l’image de son statut de carrefour des cultures : il n’existe pas de cuisine du Gansu proprement dite, à l’exception des 兰州拉面 (Nouilles de Lanzhou, un grand bol de soupe contenant nouilles et tranches de bœuf, coûtant 3 kuai dans la plupart des restaurants, et souvent suffisant comme déjeuner). On trouve donc surtout bon nombres de plats des provinces voisines : agneau grillé du Xinjiang, plats épicés d’inspiration sichuanaise, etc. 

Forteresse de Jiayuguan, sur la grande muraille Ming
  La plus grande surprise pour moi fut la découverte de tout un assortiment de vins produits dans les environs (Ningxia, Qinghai et Xinjiang) dont je n’avais jamais entendu parler depuis mon arrivée en Chine : vin de glace (similaire au vin jaune du Jura), vins doux à base de baies, etc – à mon retour à Pékin, je me suis d’ailleurs rendu compte que la plupart des Chinois et des expatriés n’avaient jamais non plus entendu parler de ces breuvages.